Allons Z’enfants…. (1) – par Guy Bottinelli




S’il est un effet, guère évoqué, des événements tragiques qui ont marqué l’année écoulée, c’est bien le retour en grâce de la Marseillaise. Ce chant n’a pas été chanté aussi souvent qu’en cette « année de l’horreur »  aux dires, en latin, de nombreux commentateurs. Dans un pays qui a mis du temps à en faire son hymne national, définitivement adopté en 1879 , bien qu’écrit en 1792, il est utile de rappeler le contexte de sa création.

En 1792 la Révolution française est en danger, encerclée par les puissances conservatrices européennes qui veulent en finir avec ce qui les menace. Une armée du Rhin composée à la va vite se dresse pour résister aux envahisseurs et fera de ces amateurs les vainqueurs de Valmy, la première victoire de la République. Elle fut soutenue par un hymne de combat aux relents sanguinaires composé par Rouget de l’Isle et proclamé par un bataillon de Marseillais accourus à la rescousse.  Mais c’est le refrain qui heurte un certain nombre de Français, par son allusion au « sang impur » dont l’ennemi à combattre serait porteur, et de dénoncer cette expression comme « raciste ».  Ce n’est que 50 ans plus tard que furent élaborées par un diplomate français, Gobineau, ses thèses sur la supériorité de la race blanche, surtout nordique, dont le nazisme et bien d’autres idéologies s’inspirèrent largement. Point de racisme donc dans l’ardeur des vainqueurs de Valmy, à la différence de ce qui continue à sévir dans la tête de beaucoup d’Occidentaux.

Aujourd’hui, ils sont en présence d’une menace  qui repose sur une idéologie mortifère déployée sur un terreau  religieux (l’islam), social (le chômage), économique (le pétrole) et revanchard (le colonialisme). Daech s’est ainsi imposé en une dizaine d’années. Son but : éliminer les Occidentaux et leur civilisation, qualifiés pour les besoins de la cause d’infidèles et de mécréants, en étant peu regardants sur les moyens à employer. De ce fait, les vocables n’ont pas manqué chez nous pour stigmatiser les djihadistes, jusqu’à leur dénier la qualité d’êtres humains. De là à justifier les accents guerriers et le « sang impur » de la Marseillaise , il n’y a qu’un pas.

Depuis les attentats de 2015 nous vivons sous l’emprise d’une peur diffuse et d’un état d’urgence indéterminable (fin Février en principe). Pour ne pas perdre la jugeotte, nous pouvons interroger quelques sages. Je choisis Tzvetan  Todorov, (2) né dans la Bulgarie communiste (en 1939) et devenu, après son exil, un philosophe internationalement reconnu. Il nous demande de ne pas déshumaniser l’ennemi, dont le sang n’est pas plus impur que le nôtre. Il faut renoncer à faire de cet ennemi une substance à part, mais plutôt un état ponctuel et passager, en nous bornant à « empêcher les actes hostiles » ce qui n’exclut pas l’usage de la force. Cela implique de notre part un effort pour comprendre ce qui compte le plus dans l’agressivité de l’ennemi. Derrière les actes physiques il y a toujours des « pensées et des émotions …une lueur d’humanité » sur lesquelles il est possible d’agir et notre auteur  d’inciter les grands décideurs de ce monde à tenir compte de ces valeurs, eux qui doivent affronter le principe de réalité !

A ceux qui déplorent le refrain de la Marseillaise, je dédie ce 15ème couplet (car ils sont 15 !)

 

Enfants, que l’Honneur, la Patrie        Soyons unis ! Tout est possible

Fassent l’objet de tous vos vœux        Nos vils ennemis tomberont

Ayons toujours l’âme nourrie              Alors les Français cesseront

Des feux qu’ils inspirent tous deux     De chanter ce refrain terrible

(1)  Titre d’un roman antimilitariste d’Yves Gibeau, dont Yves Boisset a tiré un film en 1981
(2)  Auteur de : Les ennemis intimes de la démocratie ( Laffont 2012) et de nombreux rapports sur l’expérience totalitaire

Guy BOTTINELLI, le 5  Janvier  2016


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Cet article a été actualisé le : 8 janvier 2016

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