Refaire Société, par Guy Bottinelli



Mirly, Edition 2015

Préparer un raccourci sur l’actualité sociale pour Mirly-Sol, qui célèbre ses trente ans cette année, c’est fouiller dans des informations surabondantes, mêlant le presque vrai au sûrement faux, en essayant de résister à la dictature de l’instant. Pour le chroniqueur amateur que je suis tout est possible, hormis renoncer à y comprendre quelque chose !

Guy Bottinelli

Commençons par le travail , ou plus exactement, l’emploi. La litanie se poursuit avec l’augmentation mensuelle du chômage et les suppressions de postes. Mais que deviennent les salariés licenciés ? Deux solutions s’offrent à eux : la poursuite de la lutte pour le maintien de l’emploi,  qui se terminera devant un tribunal jusqu’à une décision favorable ou défavorable au salarié avec un temps d’attente.On note 15 mois en moyenne chez les Prudhommes (solution française). L’autre consiste à accepter le licenciement , une fois établi son bien-fondé économique, et à offrir une mise en formation qualifiante immédiate du salarié vers des entreprises ou des branches en recherche de personnel (solution danoise). La première solution met l’accent sur l’emploi, la seconde sur l’homme, conformément à l’aphorisme de Jean Bodin, économiste et juriste mort en …. 1596 !

« Il n’est de richesse et de force que d’hommes «

Mais nous ne sommes pas au Danemark, et la liste des emplois supprimés dépasse toujours celle des emplois créés, même si la chasse aux ingénieurs ne connaît pas de fermeture. C‘est ainsi qu’à Annonay 58 personnes quittent l’entreprise Canson, que 550 postes vont être supprimés aux laboratoires Fabre sur 6.500 en France, que plus de 100 disparaissent  en France, chez le numéro 1 européen du voyage en ligne, et qu’il faut abandonner tout espoir de reprise à Amiens chez Goodyear (1.143 salariés), un éventuel candidat américain ayant jugé que la France est un pays communiste ! Par ailleurs l’ubuesque polémique sur le travail du dimanche est en cours.  Parfois la lutte paye : ainsi Fralib (filiale d’Unilever , à la marque de l’Eléphant, dont le thé et les infusions sont fabriqués près de Marseille) a pu se transformer en SCOP contre le choix d’une délocalisation. Mais pour cela, les salariés ont surveillé l’usine pendant trois ans afin d’empêcher le déménagement des machines en Pologne ! Qui fera un film sur les Fralib ?

Dans la crise qui perdure, le face à face des partenaires sociaux ressemble,  en haut lieu, à un jeu de rôle. Le patronat qui durcit ses exigences  est descendu dans la rue le 1er décembre , contre le projet de loi sur la pénibilité, pour le maintien des contrats courts, contre l’information du personnel au moins deux mois avant l’annonce d’une cession d’entreprise, etc …Les syndicats sont éclaboussés par les déboires de la CGT et peinent à retisser les liens d’une classe ouvrière effritée, notamment en direction des travailleurs « invisibles » (ceux de la propreté, des centres d’appel) qui occupent les tâches que les entreprises externalisent et où les femmes sont nombreuses. Ils sont mieux à l’aise  dans la défense de professions plus sécurisées comme l’ont montré les élections professionnelles dans la fonction publique où la CGT demeure en tête avec 23% des voix (en perdant 2 points) devant la CFDT (19,2) et FO (18,6)

La crise a durci le clivage entre salariés du public et du privé sur la sécurité de l’emploi aux dépens du lien social, ceci au moment où les discussion sur le dialogue social qui devaient se terminer le 31 décembre sont renvoyées au premier semestre 2015 : ce qui n’est pas de bon augure.

Comme beaucoup de négociations buttent sur des querelles de chiffres, ne pourrait-on pas confier à des experts indépendants le soin de fixer ceux à partir desquels la discussion a des chances d’aboutir ?

Quant aux citoyens, ils sont toujours habités par des désirs contradictoires .Ils attendent d’une croissance retrouvée la solution au chômage, mais beaucoup souhaitent la circonscrire, en prévision de la limitation des ressources naturelles et du réchauffement climatique, sans parler des motivations d’ordre éthique.Alors que le destin des hommes n’est pas de finir comme l’âne de Buridan !

Guy Bottinelli

CA  MIRLY-SOL

Le 15 Décembre 2014


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Cet article a été actualisé le : 14 mars 2016

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