Religion et monde du travail – par Guy Bottinelli




Le fait religieux a fait une réapparition inattendue sur la scène publique depuis quelques années. Alors que la religion est aussi peu pratiquée, en France, elle est abondamment discutée, pas tellement pour son contenu (sauf de façon anecdotique), mais à cause d’une réactivation de la laïcité qui préfère confiner la religion dans les lieux de culte. Beaucoup de secteurs de la société sont concernés, mais pour le consommateur moyen des grands médias, la raison en revient d’abord à la montée de l’islam.

Je m’en tiendrai au monde du travail, et spécifiquement à l’entreprise, là où le phénomène religieux est facilement observable. On estime que si les ¾ des entreprises sont confrontées au fait religieux, 90% d’entre elles le gèrent sans grande difficulté, et que les blocages dus à l’islam n’en affectent que 6%.

Souvenons-nous que le principe de laïcité ne s’applique qu’au secteur public en laissant le secteur privé se définir des règles. Ainsi sont nés l’«Observatoire du fait religieux en entreprise» (0FRE) ou encore l’«Association Française des managers de la diversité». Des cabinets privés ont saisi l’occasion pour développer des activités lucratives. Le gouvernement prépare un guide ( ?) à destination des chefs d’entreprises, où il devra éviter de confondre le fait religieux et la radicalisation de certains musulmans. Toutefois, on touche ici au cœur du problème par la polarisation sur l’islam dès que le mot de religion est prononcé. Plusieurs facteurs contribuent à le mettre sous les projecteurs de l’actualité : la situation au Moyen- Orient, la présence croissante de populations de tradition musulmane qui occupent majoritairement les emplois du bas de l’échelle (ce qui complique leur quête d’identité), la visibilité des pratiques (refus de certaines promiscuités au bureau comme à l’hôpital), les relents de racisme chez trop de « Français de souche » et enfin les actions terroristes visant notre pays. Mais l’islam est entré dans la modernité avec des banques islamistes en cherchant à demeurer fidèles aux sources coraniques, tout en s’inspirant du modèle occidental : l’enrichissement est permis, mais responsabilités sur l’utilisation des capitaux en circulation (pas de spéculation et souci des pauvres). En réalité, un certain laxisme économique règne dont les monarchies du Golfe sont l’exemple le plus étonnant.

Dans le monde juif, le travail productif est une obligation religieuse avec une observance du sabbat. La Torah (les cinq premiers livres de la Bible) ne contient pas d’exposé théorique, mais le Talmud (ouvrage de commentaires) donne des consignes sur la limitation du profit, sur le prêt à intérêt (interdit entre Juifs) et évoque déjà tous les problèmes de l’économie moderne, y compris le droit du travail et même le droit de grève ! Le peuple juif, qui fut tour à tour victime des pogroms et créancier des souverains, a du à son nomadisme l’exercice des professions les plus variées, loin des poncifs antisémites

Dans le monde chrétien, c’est le catholicisme qui a théorisé le plus complètement sur la place du travail dans la société. Pour s’en tenir à l’époque moderne, c’est l’encyclique du pape Léon XIII en 1891 qui a déclenché l’élaboration de quelques grands principes structurant la doctrine (ou pensée) sociale de l’Eglise. On note, la destination universelle des biens, l’option préférentielle pour les pauvres, le combat pour la justice, le devoir de solidarité, le bien commun. Cet enseignement est au cœur des nombreux mouvements spécialisés dans leur mise en oeuvre (1) qui ont intégré l’économique à côté du social. Ils sont actuellement interpellés par l’irruption fracassante du pape François dans le monde de l’économie et de la finance, avec son style direct «  Non… la doctrine sociale ne va pas de pair avec le libéralisme économique régnant ! » Comment le monde du travail n’en serait-il pas impacté ?

Dans la Bible, le sabbat a plus d’importance que le travail, pas seulement parce qu’il est repos, mais parce qu’il invite à une méditation sur soi-même, sur notre rapport à Dieu et sur notre place dans la société.

Guy BOTTINELLI, Mars 2016

Notes (1)

  • MCC = Mouvement des cadres chrétiens,
  • EDC = Entrepreneurs et dirigeants chrétiens,
  • ACO = Action catholique ouvrière
  • JOC = Jeunesse ouvrière chrétienne

NB = Pour les initiatives protestantes, je renvoie à mon rapport sur les Equipes Ouvrières Protestantes et la Mission dans l’Industrie. Envoi par courriel sur simple demande

 


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Cet article a été actualisé le : 14 mars 2016

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